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Une obsession macabre

Les différentes morts de Marat

Publié le 22/10/2021

Comment faire entendre le dernier souffle en peinture ? C’est à partir du XIVème siècle, quand domine la culture humaniste, que la mort devient une source d’inspiration majeure pour les artistes. Les peintres, sculpteurs accordant désormais une place essentielle à l’Homme, déterrent les cadavres, les autopsient et les auscultent pour représenter de manière savante les différents états du corps qui expire.
 

Alors que tout le monde fête les morts, CultureSecrets décrypte l'une des représentations les plus célèbres de la mort en peinture : la mort de Marat. En pleine Révolution française, le montagnard Marat est assassiné le 13 juillet 1793, par Charlotte Corday. La jeune noble, proche des Girondins, le trouvait trop extrémiste à son goût. Elle sera guillotinée pour son acte la semaine suivante. 
 

Le chef d'œuvre de Jacques Louis David en est certainement l'illustration la plus connue. Mais, saviez-vous que d'autres artistes ont livré leur interprétation toute singulière de ce moment ?


La Mort de Marat, Jacques-Louis David, 1793. 

En 1793, au lendemain de la mort de son grand ami, David compose un portrait honorifique de la mort de Marat. Le tableau fait clairement référence à l’imagerie chrétienne et notamment à la piéta. Ce thème artistique s’inspire de la descente du Christ de la croix. Le défunt contraste avec le fond sombre, son drap blanc fait office de suaire et le meuble en bois devient une stèle tombale où est inscrit son épitaphe. Pourtant, on ne détecte que peu de traces de violences : le couteau ensanglanté tombé au sol, la plaie et le drap tâché de sang. David rend hommage en peinture à son ami. Il sacralise Marat, le martyr révolutionnaire, tel un Christ montagnard sublimé, sans aucun pathos. 
 


Charlotte Corday par Paul Baudry, 1860

Au siècle suivant, Paul Baudry ne voit pas l’événement du même œil puisqu’il semble se ranger du côté de l’assassin ! Alors que Charlotte Corday était absente de la toile de David, Baudry lui donne une place principale. Elle se tient, plutôt héroïque et d’une paleur virginale, à droite de l'œuvre. La figure de Marat n’est pas glorifiée mais représentée de manière plus réaliste, souffrante et laide. Le désordre de la pièce suggère une lutte violente au moment du crime. Le spectateur découvre la scène sur le fait et la mort de Marat s’apparente à un fait divers. 
 


L’assassinat de Marat, par Weerts, vers 1880

Après Baudry, c’est au tour de Jean-Joseph Weerts de peindre la mort de Marat. Cette fois-ci, les aspects scéniques et dynamiques évoquent le théâtre ! Le tableau est scindé en deux parties par une diagonale. À gauche se trouve le monde des morts, statique, aux couleurs froides. Le défunt y adopte une dernière pose grandiloquente. À droite, dans des couleurs plus vives, la foule hurlante semble vouloir s’en prendre à Charlotte. C’est une vision plus déchaînée que nous propose Weert de la scène, tel un cri au scandale. 

 


La Mort de Marat, Edvard Munch, 1907

Le changement de paradigme est encore plus étonnant avec l'œuvre d’Edvard Munch en 1906. Le peintre expressionniste fait de la mort de Marat une représentation de la lutte des sexes. La meurtirère est représentée comme une femme fatale, dont la séduction a eu raison de sa victime masculine. Le lit défait et les personnages nus sous-entendent une relation sexuelle précédant le crime. Un autre maître, et non des moindres, penchera pour cette interprétation.
 


La femme au Stylet, Picasso, 1931

En 1931, Pablo Picasso y met son pinceau ! Dans sa version de la mort de Marat, pulsion sexuelle et meurtrière s'entremêlent. Avec ses traits grotesques, la femme est ici une créature monstrueuse, qui s’attaque au misérable Marat baignant dans son sang. 
 

Toutes ces toiles sont un bon exemple de l’évolution de la mort dans l’art au gré des époques et des styles. Le réalisme laisse place à la symbolique, peut-être en lien avec les progrès de l’imagerie médicale et des connaissances anatomiques. Tantôt sublimée, abordée frontalement, de manière théâtrale ou abstraite… la mort continue de fasciner. Comment représenter avec justesse un événement si mystérieux ?
 

Publié le 22/10/2021
Article écrit par Gabrielle Dembinski et Alice Camugli

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