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L'art de faire la cour

Du Japon médiéval aux Inuits, mille et une façons d'aimer

Publié le 08/02/2021

Poèmes déclamés, sérénades chantées à la fenêtre sous un clair de lune à deux heures du matin, ou petits mots doux susurrés tendrement à l’oreille, il existe plusieurs manières de faire savoir ses sentiments à son ou sa bien aimée. CultureSecrets vous propose de faire un tour du monde des manifestations amoureuses, et de remonter le temps, jusqu’à l’époque de l’amour courtois.
 




L’art de faire la cour remonte au Moyen-Âge pour ce qui est de l’Occident. C’est à cette époque qu’apparaît le mouvement littéraire de l’amour courtois, ou selon une appellation plus savante, le fine amor. On en retrouve toutes les caractéristiques dans la lecture des aventures de Lancelot, ou bien celles de Tristan et Iseult. Il s’agit du moment où un “jeune”, autrement dit un célibataire dans le langage médiéval, aperçoit une dame dont la seule vue réussit à le troubler. Bien-sûr pour gagner son coeur, il devra, selon les histoires, vaincre des ennemis, terrasser un dragon ou accomplir 1 000 quêtes pour prouver sa bravoure.

Dans les faits, c’est au Moyen-Âge qu'apparaît ce que l’on pourrait désigner comme un code de conduite pour les jeunes amoureux, le tout supervisé de près et de loin par l’Église. Dans l’amour courtois, la femme occupe le rôle central. L’homme qui s’est épris d’elle n’est plus libre sentimentalement et doit répondre aux attentes de sa damoiselle. Mais, il sert aussi l’homme lui-même car c’est au service d’une dame qu’il se formera et deviendra un chevalier faisant preuve de courage. Autrement dit, l’amour courtois est comme un rite initiatique pour entrer dans la haute société. 





Bal donné le 24 septembre 1581 à la cour de Henri III, Anonyme français



A partir de la Renaissance, les codes changent légèrement. On peut toujours se battre pour l’amour d’une femme, mais plus besoin de sauver des villages ou de chasser la bête du Gévaudan (c’est en bonus). Non, il faut avant tout être proche de la cour royale pour être considéré comme un gentilhomme. Et, l’endroit parfait pour s’adonner à l’amour courtois devient le bal. Seul moment où femmes et hommes peuvent se toucher, se regarder et s’observer. Replongez-vous dans vos lectures, car c’est bien à un bal que la Princesse de Clèves tombe follement amoureuse du Duc de Nemours, et que bien plus tard, Élisabeth Bennet s’éprend de M. Darcy. Sous les yeux de tous, et surtout du roi et de la reine qui observent les membres de la cour, les amants n’ont aucune intimité.




© Japan’s National Diet Library


Loin de l’Occident, dans le Japon médiéval, les pratiques sont un peu différentes. Nous en avons un témoignage grâce à un livre de l’époque Edo du XIe siècle parvenu jusqu’à nous. Le Dit du Genji, parfois considéré comme le premier roman de l’histoire, traite de l’art de la séduction. Dans cette culture, ce qui compte c’est l’art et la poésie, l’homme doit réussir à faire parvenir à sa bien aimée des poèmes - de préférence écrits sur du papier parfumé de qualité - par l’intermédiaire d’un messager vêtu richement pour montrer son haut rang social. Si la femme est séduite alors… on échangera d’autres poèmes pendant encore quelques semaines, mais hors de question de se voir tout de suite.

Au Japon tout est dans l’art de cultiver le mystère. La femme ne se montre pas, ou peu, même aux membres de masculins de sa famille, d’où l’importance de ses vêtements car un prétendant pouvait alors tomber amoureux simplement en aperçevant un bout de vêtement derrière un rideau… Le Dit du Genji fait néanmoins référence aux mœurs légères de certains membres de la cour impériale, ce qui explique sa censure par la suite.




Shiva et son épouse Parvati lors d’une procession
 


Les mœurs se modernisent, mais on se rend compte que le flirt ou la période de romance qui précède l’amour à proprement parler n’est pas répandu dans toutes les cultures. En Inde par exemple où les mariages sont aujourd’hui encore bien souvent le fruit d’un arrangement entre les familles, la cour se limite à l’échange de riches cadeaux, offerts par l’homme à la femme. Mais tout contact est interdit ou alors très encadré et rapide pour ne pas laisser le futur couple échanger plus qu’un simple regard. L’amour doit aboutir sur un mariage, qui imite celui du dieu Shiva et sa femme, la déesse Parvati, un couple heureux et fécond auxquelles les femmes adressent leurs prières lors de la fête de Gangaur.

Enfin, en Israël, tout (ou presque) est entre les mains de Dieu avec le concept de “bashert”, le terme Yiddish pour désigner l’âme soeur. D’après les croyances, avant même la naissance, Dieu a choisi pour vous l’âme sœur que vous devrez épouser un jour. Encore aujourd’hui, il s’agit chez certains d’une idée bien ancrée qui guide le sentiment amoureux, et incite les couples au mariage. Les parents et même toute la famille peut participer à la recherche de cette âme sœur et présenter quelques prétendants.
 

Et le baiser dans tout ça ? 


Le Baiser, Francesco Hayez, huile sur toile, 1859
 

De manière générale, on s’aperçoit que le baiser, donné sur la bouche, est quelque chose de très occidental, il est parfois même réprimandé dans certaines cultures. En Afrique du nord par exemple, il est perçu comme un manque de respect de s’embrasser à pleine bouche, en privé ou en public. On préfère alors s’embrasser sur le front ou sur la main pour montrer son affection. Dans certaines tribus du Niger, le baiser sur la bouche est tout simplement prohibé. Un peu plus loin, au Japon, les baisers les plus passionnés sont faits dans le cou, tandis que chez les Inuits, on préfère frotter son nez à celui de son ou sa bien aimée pour exprimer son amour.

A chacun son baiser, et à chacun sa manière de faire la cour. Et vous ? Vous préférez terrasser un dragon ou offrir une boite de chocolats ?
 


Pour en apprendre davantage :
 

Sur l’amour courtois dans le Moyen-Âge occidental cliquez ici

Sur l’amour courtois dans le Japon Médiéval et Le Dit du Genji cliquez ici 


Sur les rituels amoureux en Inde, retrouvez un reportage Arte

Sur les rituels amoureux en Israël, retrouvez un reportage Arte 


 

En couverture : Charles Joseph Frederic Soulacroix (1825-1879), Sérénade
Article écrit par Quentin Defaut

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