FR
EN
Menu

ORLAN, en chair et en art

Une artiste engagée corps et âme

Publié le 07/04/2017

ORLAN, Tentative de sortir du cadre, 1965

 

Votre exposition à la MEP s'intitule "ORLAN - En Capitales", pouvez-vous nous dire pourquoi ORLAN s'écrit précisément en capitales?

Lorsque je me présente, je dis « Je suis ORLAN, entre autre, et dans la mesure du possible. Et mon nom s’écrit chaque lettre en capitale car je ne veux pas rentrer dans les rangs, je ne veux pas rentrer dans la ligne ».

C’est quelque chose de très difficile à obtenir car par exemple sur Wikipédia, il est écrit « ORLAN s’écrit en capitales » mais ils l’inscrivent en minuscules. Soit c’est un automatisme d'internet, soit le dernier lecteur de l'article va penser qu’il y a erreur et remettre le nom en minuscules.

 

D'où vient le nom ORLAN ?

Lors d’une séance de psychanalyse, le psychanalyste m’a dit une seule chose, « la prochaine fois, vous me paierez en espèces ». Mais lorsque j’ai signé mon chèque, il m’a dit « finalement, la semaine prochaine vous me re-signerez un chèque ». Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il avait voulu me dire alors avant de revenir à la séance suivante, j’étais allée m’acheter des souliers, histoire d’être bien dans mes pompes. Et au moment où j’ai signé le chèque, j’ai vu ce qu’il avait vu, ce que mes amis, mes amants, mes amantes, ma mère, mon père ou moi-même n’avions pas vu.

Alors que ce n’est pas mon nom, je signais en toute lisibilité « morte », car une lettre de mon nom sautait. Depuis l’adolescence où l’on fait des quantités de parafes, je signais deux mots auxquels je m’identifiais totalement. Lorsque je suis revenue voir le psychanalyste, je lui ai dit : « je ne serai plus jamais morte ». Et j’ai voulu me renommer. J’ai donc gardé la syllabe positive du nom précédent, « or » à laquelle j'ai rajouté « lan » et à partir de ce moment, je me suis appelée ORLAN.

 

Quelle est votre conception de l’œuvre d’art ?

Les œuvres que je préfère sont des œuvres élaborées qui s’intéressent au monde qui les entoure, qui les questionne. Celles réalisées par  un artiste qui se positionne par rapport à l’histoire de l’art, passée et actuelle, à la société et au monde.

 

Vous avez fait de votre corps la matière première de votre œuvre, pourquoi ?

Après avoir commencé comme tout le monde ou presque par la peinture et le dessin, j’ai pensé que pour une femme, il était plus intéressant surtout à l'époque où je commençais à faire œuvre, de revendiquer le territoire de son corps et de pouvoir en faire ce que l’on veut. Il y avait peu de liberté pour le corps des femmes et pour moi le corps est politique et tout le monde a un corps. Donc toute mon œuvre questionne le statut du corps dans la société via les pressions politiques, religieuses, culturelles, traditionnelles qui s’inscrivent dans les corps.

 

Vous avez mis en scène plusieurs opérations de chirurgie plastique ayant pour but de transformer votre visage. Comment cette idée vous est-elle venue ?

Je me suis toujours intéressée aux phénomènes de société et à l’époque où j’ai fait cette série d’opérations-chirurgicales-performances, la chirurgie esthétique commençait à être très courante, il me semblait absolument nécessaire de l’interroger et d’interroger les standards de beauté, que j’ai interrogé dans mon œuvre comme celles qui font référence à "La Naissance de Vénus" de Botticelli.

Ce qu’il est important de dire c’est que ce n’est pas une opération-chirurgicale-performance personnelle qui me paraissait nécessaire mais une opération-chirurgicale-performance afin de la mettre en scène, que le moment même de l’opération soit une performance, parfois retransmise en direct dans plusieurs points dans le monde, dont le Centre Georges Pompidou, le centre McLuhan à Toronto ou encore ma galerie Sandra Gering à New York. Il s’agissait d’attaquer le masque de l’inné, de se resculpter, de se recréer, de s’inventer pour me donner cette nouvelle image, qui, dans mes œuvres futures, sont intervenues.

Les performances de chirurgie esthétique ont pour titre Images/Nouvelles Images car j’ai créé des "Self-Hybridations" à partir de mon nouveau visage en le mixant à de la statuaire précolombienne (Série Défiguration-Refiguration, Self-hybridations précolombiennes, 1998), ou a de la photo ethnographique (Série Self-hybridations Africaines, 2000-2003), à des chefs indiens peints par George Catlin (Série Self-hybridations Amérindiennes, 2005-2008) ou actuellement aux masques de l’Opéra de Pékin (Série Self-hybridations Opéra de Pékin, 2014).

 

 

ORLAN, Portrait peint de Ud-Je-Jock, Pelican, Un garçon, avec un portrait photographique d’ORLAN. 2005

 

Ce qui est intéressant c'est que vous cherchiez un résultat différent de celui traditionnellement recherché par la chirurgie esthétique…

J’ai travaillé avec plusieurs chirurgiens et une chirurgienne à New York qui était féministe et qui a très bien compris mon point de vue et ma demande, qui était d’apporter de la différence par rapport à ce que l’on est habitué de voir, de faire un geste opératoire qui n’avait jamais été fait et qui n’était pas censé apporter de la beauté mais qui au contraire dérèglerait mon image et les images habituellement recherchées.

Je lui avais demandé : « Que peut-on faire comme geste opératoire qui n'a été ni fait ni demandé et qui n’est pas supposé apporter de la beauté? » Mon idée était de montrer que la beauté peut prendre des apparences qui ne sont pas réputées belles. Nous avons utilisé des implants habituellement utilisés pour réhausser les pommettes de chaque côté des tempes. Et effectivement si l’on me décrit sans me voir, en disant « c’est une femme qui a deux bosses sur les tempes », on va penser que je suis un monstre indésirable. Si l’on me voit, cela peut changer.

 

Trouvez-vous que votre oeuvre a été trop réduite par le public ou les médias à ces procédés de "Self-Hybridation" ?

Le terme « Self-Hybridation » est celui que j’ai employé pour les séries d’œuvres que j’ai faites à partir de mon visage et d’autres référents. En ce qui concerne les opérations-chirurgicales-performances, elles n’ont pas été réduites, elles ont simplement été extrêmement accentuées par les médias mais souvent avec des erreurs complètes. Les médias ont parfois dit que j’avais fait 114 opérations chirurgicales, d’autres que je voulais ressembler à Mona Lisa, ce qui est complètement faux puisque je suis contre tous les standards de beauté, et que souvent, j’étais traitée comme un phénomène et non pas comme une artiste...

Il est à noter que chaque œuvre a été construite sur un texte psychanalytique, littéraire ou philosophique (Eugénie Lemoine Luccioni, Michel Serres, textes hindous en sanskrit, Alphonse Allais, Antonin Artaud, Elisabeth Betuel Fiebig, Raphaël Cuir, Julia Kristeva, etc.), que le bloc opératoire a été entièrement transformé visuellement, que mon équipe et l’équipe chirurgicale portaient des costumes de Paco Rabanne, d’Issey Miyake, de Franck Sorbier, de l‘un de vous ou de moi… Je lisais des textes pendant que l’on m’opérait, je répondais aux questions que l’on me posait par l’intermédiaire d’un réseau satellite installé dans plusieurs points dans le monde, je dirigeais la photo et la vidéo dans le bloc opératoire et  la manière dont j’avais décoré le bloc était déterminante pour moi pour faire des séries de photos et de vidéos de ces performances.

 

Aujourd'hui vous arborez une chevelure bicolore, des implants de silicone au-dessus des arcades sourcilières et de grosses lunettes rondes, est-ce une façon de vous distinguer dans une société si uniformisée ?

Absolument. Actuellement, beaucoup de femmes se ressemblent parce que chacune a intégré ce que l’on nous désigne comme modèle. C'est pour moi une manière d'être créative, de s'inventer soi-même avec le plus de liberté possible, de dérégler les visages convenus, les modèles que l’on vous présente, pour ne pas correspondre aux standards. En mettant mes implants sur mes tempes, je ne souhaitais pas apporter de la beauté mais de la différence, je voulais fuir les stéréotypes.

 

 

 

ORLAN, portrait, 2016

Avez-vous voulu vous transformer physiquement pour vous affranchir des diktats de la société qu'il s'agisse des stéréotypes liés à la beauté féminine ou des canons de beauté transmis par l’histoire de l’art ?

Je me bats contre les standards de beauté, qu’ils soient actuels, de l’histoire de l’art, ou quels qu’ils soient. La beauté est construite par l’idéologie dominante, elle nous désigne les modèles que l’on doit trouver beaux. Ce qui m'intéressait, c'était la différence. Je l'ai obtenue et mon corps est devenu un lieu de débat public. Ces opérations sont des actes artistiques et non personnels.

 

S'agit-il d'un acte féministe ?

Je suis féministe, j’aimerais que ce ne soit pas mon souci mais c’est toujours nécessaire car je suis contre toutes les discriminations, et elles vont de nouveau augmenter car les religions sont toujours désastreuses pour la position des femmes dans la société.

 

Que pensez-vous du féminisme tel qu'il s'exprime aujourd'hui à travers les Pussy Riot, les Femen, etc ?

Elles ont raison et sont très courageuses. Elles font des actions fortes que nous n’avions pas faites. Je les soutiens tout à fait.

 

Vous dites que votre travail se situe entre votre histoire et l’histoire de l’art, pouvez-nous nous expliquer cela ?

Mon travail constitue un langage particulier qui s’articule entre mon histoire personnelle, l’histoire de l’art et le contexte dans lequel mes œuvres sont exposées. J’apporte toute ma singularité personnelle et je me positionne par rapport à l’histoire de l‘art, qu’elle soit ancienne ou actuelle, pour dire des choses qui n’ont pas été dites.

 

Pour les membres Premium la rencontre avec ORLAN est comprise dans votre Pass, inscrivez vous pour la visiste privée et tentez votre chance pour faire parti des quelques chanceux à qui elle ouvrira les portes de son atelier !

 

 

Offrez la carte culturelle

Thumb e3e9a29e3292eb7c
Jusqu'au 5 janvier 2020
Laissez-passer : Expo “Paris-Londres Music Migrations (1962-1989)”
Musée de l’histoire de l’immigration
RESERVER
Thumb d22a07ec6ba4960e
Mercredi 6 novembre à 19h
Soirée privée avec un expert autour de la vente Art Contemporain Africain
PIASA
RESERVER
Thumb cea102eeb7a080df
Du 9 au 11 novembre
Invitation journalière : AKAA - Also Known As Africa
Le Carreau du Temple
RESERVER

À LIRE AUSSI

culturesecrets-secrets-de-josephine-la-toile-de-culturesecrets-newsletter4
INSOLITE
La toile de CultureSecrets
Découvrez nos coups de cœur sur la toile
Continuez à profiter de vos sorties culturelles depuis chez vous avec cette quatrième édition de nos coups de cœur sur la toile. Découvrez le meilleur de la culture. En secret. En un clic.
culturesecrets-secrets-de-josephine-la-toile-de-culturesecrets
INSOLITE
La toile de CultureSecrets
Découvrez nos coups de cœur sur la toile
A l'heure où l'agenda de déconfinement du monde culturel reste encore incertain, continuez à profiter de vos sorties culturelles depuis chez vous avec cette troisième édition de nos coups de cœur sur la toile.
Pixel
INSOLITE
La toile de CultureSecrets
découvrez nos coups de cœur sur la toile.
Pour continuer à profiter de vos sorties culturelles depuis chez vous, découvrez nos coups de cœur sur la toile. Profitez du meilleur de la culture. En secret. En un clic. Et prenez soin de vous,