Uli Sigg, collectionneur d'art made in China

"Je voulais sauver l'art chinois pour le montrer au monde"

Publié le 06/10/2017

Comment avez-vous commencé votre collection d'art ?

 

Lorsque j’étais étudiant je me suis beaucoup intéressé à l’art contemporain grâce à un ami passionné par le sujet qui m’amenait avec lui à des expositions et des conférences. Cela a été une révélation pour moi, après avoir grandi, sans y prêter attention, parmi des oeuvres issues du romantisme du 19ème siècle. Je suis devenu collectionneur d'art beaucoup plus tard alors que je vivais en Chine. Dans les années 90, face au renouvellement de la scène artistique chinoise j'ai réalisé que personne, que ce soit les institutions ou des particuliers, ne collectionnait l'art contemporain chinois autrement que de façon aléatoire. J'ai alors décidé de clore ce fossé qui existait au coeur du plus grand espace culturel au monde- ce qu'une institution nationale aurait dû faire mais n'avait jamais fait- en reflétant la production artistique depuis le début de l'art contemporain chinois en 1979 à travers ma collection et dans les médias...

 

Que recherchez-vous dans l'art et quels sont vos critères de sélection d'une oeuvre ?

 

La partie encyclopédique de ma collection doit documenter quelque chose qui préoccupait les artistes chinois à un certain moment dans le temps. Cela ne doit donc pas nécessairement coïncider avec mon goût personnel. Cependant nous ne pouvons pas nier que des critères subjectifs entrent en ligne de jeu dans le processus de validation. L'art a t'il une forme acceptable ? Devrait-il être plutôt se présenter sous la forme d'une vidéo ou d'une peinture ? L'artiste devrait-il écrire un texte plutôt que de simplement exposer un petit fragment d'un concept noble ? L'oeuvre a t'elle de l'intensité ? Peut-elle nous surprendre en dépit de son apparence calme ? Etc etc...

 

Quelle différence perçevez-vous entre les artistes chinois ayant débuté avant les années 90 et la nouvelle génération ?

 

La nouvelle génération d'artistes chinois traite très différemment de la situation. La situation des premières générations était tout autre car  ils devaient alors produire de l'art contre un système ouvertement répressif, en se frottant contre cette résistance. Cela produit un certain genre d'art. Aujourd'hui, l'ennemi, d'une certaine façon, est mort. Ils doivent donc se redéfinir eux-mêmes. Certains le font avec facilité. Ils trouvent de nouvelles idées et s'aventurent sur de nouveaux territoires mais d'autres ont plus de difficulté car, une fois cette friction disparue, quel est l'élément qui va déclencher leur création, les nouvelles idées, les nouvelles impulsions ? Bien sûr nous sommes très exigeants aujourd'hui. Dans le passé, Morandi a peut-être peint 50 ans sur les dix mêmes bouteilles mais personne ne lui demandait de se réinventer tous les trois, quatre ans... Nous pensons aujourd'hui que l'artiste devrait changer de support et avoir une nouvelle idée tous les deux ans, cela change complètement la donne. Chaque artiste n'a pas à répondre à ces attentes et je pense que lorsque l'on a la personnalité d'un vrai artiste, on peut trouver une nouvelle et grande idée mais cela prend vraisemblablement dix ou quinze ans. Il est très difficile pour un artiste de tenir sur la durée en travaillant dur et en attendant une nouvelle impulsion. J'ai un immense respect pour les artistes qui arrivent à développer une grande idée tout au long de leur vie. C'est déjà une grande réalisation mais la société actuelle attend du changement et deux, trois, quatre idées...

 

 

Bande-annonce du documentaire consacré à Uli Sigg - "The Chinese Lives of Uli Sigg"

 

 

En tant que collectionneur privé, considérez-vous que l'art doit être accessible au plus grand nombre ? Est-ce pour cela que vous avez fait don de votre collection au M+ Museum de Hong Kong ?

 

J'ai construit ma collection de façon encyclopédique de façon à la ramener en Chine où les Chinois pourraient un jour voir leur propre art qu'ils ne connaissent toujours pas aujourd'hui. Après des négociations avec Pékin, Shanghai et Hong Kong, j'ai finalement tranché en faveur de Hong Kong. Ils ont offert un environnement hautement professionnel et un degré de liberté bien plus important concernant les expositions. Ils sont en train d'achever la construction du M+Museum sur quelques 60 000 mètres carrés. Ca sera l'un des plus grands musées au monde et ma donation de 1463 oeuvres et la vente de 50 autres en fera le musée le plus important au monde en matière d'art contemporain chinois. En dépit des apparences, Hong Kong c'est aussi la Chine et 45 millions de Chinois viennent du continent pour y séjourner chaque année. C'est pourquoi c'est aussi le lieu idéal pour montrer l'art contemporain chinois au public le plus large...

 

Lorsque vous avez débuté votre collection, étiez-vous conscient de la signification sociale et politique des oeuvres que vous choisissiez ?

 

Pas vraiment au tout début mais je m'en suis très vite rendu compte. Ma seule surprise était de constater comment personne d'autre n'avait identifié cette problématique alors qu'il s'agit quand même du plus grand espace culturel au monde !

 

Avez-vous déjà trouvé cela problématique de collectionner de l'art contemporain chinois en étant étranger ?

 

Moi non mais d'autres si...

 

Comment les autorités chinoises perçoivent elles le fait que vous ayez sauvé des oeuvres des années 70 ? Vous avez préservé l'histoire de la Chine contemporaine alors que le gouvernement tentait de s'en débarrasser... 

 

Les autorités n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord sur cette question. Pendant très longtemps, l'art contemporain n'avait aucune valeur à leurs yeux mais après la Biennale de Venise ils ont commencé à réaliser qu'il y avait là un tout nouveau phénomène qui se produisait dans le monde sans aucun engagement officiel de la Chine étant donné qu'ils avaient décidé d'ignorer l'art contemporain à l'exception de ce que l'on pourrait définir comme de l'art académique. Aujourd'hui ils sont obligés par des gens comme moi à tolérer une partie de cette création artistique dans leurs propres projets en répondant à la demande du monde extérieur qui s'intéresse à une expression artistique et authentique de la réalité chinoise...

 

Quel était le but de cette collection ?

 

L'idée était de sauver l'art pour le montrer au monde. Le jour où les enfants chinois demanderont dans quelques années à leurs parents ce que les artistes chinois faisaient pendant ces années où ils grandissaient. Ils auront un endroit où aller découvrir cette histoire. Ces années qui, avec le recul, révèleront les transformations les plus fondamentales qu'un pays ait jamais subi.

 

Parlez-nous de vos projets...

 

Je poursuis mon oeuvre pour la vingtième année avec la CCAA Chinese Contemporary Art Award, la première récompense dans l'histoire de l'art contemporain en Chine ainsi qu'une récompense pour la critique d'art. Les deux ont contribué de façon essentielle au développement de l'art en Chine. Ensuite je vais devoir passer un certain temps à collaborer à un film en cinq épisodes réalisé pour une chaîne de télévision chinoise par le célèbre Gu Chengwei. Et bien sûr la perspective la plus importante pour moi sera d'oeuvrer en tant que  co-commissaire de l'exposition d'ouverture du M+ Museum fin 2019.

 

Pas encore Premium ? N'hésitez plus et venez assister à la projection du film "Les Vies chinoises d'Uli Sigg" et la conversation entre Uli Sigg et Pi Li, curateur du Musée M+ à Hong Kong le 19 octobre à 17h à Asia Now avec l'abonnement mensuel CultureSecrets à 24 €/mois (sans engagement).

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