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Dans les secrets des toiles #2

Les naissances de Vénus

Publié le 16/11/2020

Tout le monde connaît une représentation de la naissance de Vénus. Qu’il s’agisse de la version qu’en donne Botticelli, ou celle de Cabanel, Vénus apparaît toujours sous les traits d’une jeune femme extraordinairement belle, qui semble surgir de la toile en même temps qu’elle surgit des eaux.

De nombreux peintres s’intéressent à ce sujet et avec raison. Vénus, déesse de l’amour chez les Romains, est devenue le symbole de la beauté à l’état pur. Très souvent représentée nue, cela montre à quel point sa beauté se passe de tous les accessoires féminins classiques tels que les belles parures et les bijoux. Mais pourquoi représenter Vénus et non Athéna ou Junon ? C’est en désignant cette déesse comme étant la plus belle que Pâris, fils de Priam, a indirectement déclenché la guerre de Troie. Ainsi, les peintres, en multipliant les représentations de la déesse de l’Amour ont-ils eux aussi fait le choix de privilégier la beauté d’une déesse sur celles des autres ?


 


La naissance de Vénus, Cabanel, 1863, Musée d’Orsay

 

Sur cette toile de Cabanel, datant de 1863, nous sommes au plus proche du moment de la naissance de Vénus. La beauté de la déesse contraste avec la violence de sa conception. Sur la toile, Vénus apparaît couchée sur l’eau, comme endormie, accompagnée de putti qui semblent annoncer sa naissance au reste du monde. Le geste de son bras semble indiquer qu’elle s’apprête à se réveiller, à apparaitre au monde. Sa position lascive ainsi que ses formes coïncident avec un idéal fantasmé de la beauté féminine reprenant les canons de l’époque et les règles de l’Académie. Ici, aucune chasteté n’est suggérée comme on peut le voir par exemple chez Botticelli. La déesse est exposée nue à nos yeux et entièrement vulnérable au regard du spectateur. 


 


La Naissance de Vénus, Botticelli, 1484-85, Galerie des Offices

 

Sur cette toile qui fait aujourd’hui encore le succès de Botticelli, la déesse est représentée juste après sa naissance. Elle approche du rivage sur une embarcation on ne peut plus étonnante, un coquillage, animé grâce au souffle de Zéphyr - qui intervient dans la toile alors qu’il semblait occupé à enlever une jeune femme. La symbolique est très forte. Habituellement ce sont des perles que l’on trouve dans les coquillages, et ici, c’est la déesse elle-même qui fait office de trésor caché, offert par l’océan. Dans un geste presque surjoué, Botticelli peint une femme à droite qui s’apprête à recouvrir la déesse d’un voile - déesse qu’il a représenté assez chaste puisqu’elle tente avec maladresse de cacher son corps des yeux du spectateur. Alors qu’elle est au centre de la toile, et qu’elle est le sujet même du tableau, Vénus tente de se dérober à nos yeux. Enfin, la pâleur des personnages, ainsi que les proportions étonnantes de la déesse, notamment au niveau des hanches et du cou, enlèvent tout réalisme à la peinture. Mais après tout, Vénus n’est pas une simple femme, c’est une déesse. 


 


La Naissance de Vénus ou le Triomphe de Neptune, Poussin, 1634, Philadelphia Museum of Art

 

Représentée ici par Nicolas Poussin en 1634, Vénus est célébrée et accompagnée d’autres divinités de l’Olympe, notamment par Neptune, reconnaissable à gauche par ses attributs (les chevaux et le trident) ainsi que par des divinités mineures appartenant à l’univers aquatique. Cette fois-ci, nous ne sommes plus au moment de la naissance de Vénus, mais plutôt au moment de son arrivée chez les dieux, de son apothéose. Surgissant des flots, on remarque néanmoins au premier plan que la représentation des vagues reprend ici la texture d’un drapé sur lequel repose les personnages. Accueillie, célébrée, objet de tous les regards, on retrouve ici le portrait de cette Vénus qui sera glorifiée par les peintres, de cette femme qui fera l’objet de tant de peintures. 


 


La naissance de Vénus, Odilon Redon, 1912, MoMa 

 

Loin des représentations précédentes, cette toile rompt avec la figuration de l’idéal féminin. Ici on devine assez facilement le symbole de la naissance de la déesse, qui cette fois n’est plus posée sur le coquillage, mais en sort littéralement. Ce coquillage qui n’est pas sans rappeller par ailleurs une représentation du sexe féminin. C’est donc bien une naissance qui est représentée sur cette toile d’Odilon Redon. Les formes de la déesse sont seulement suggérées. Ni sa beauté ni sa nudité ne sont le sujet de cette toile à l'atmosphère éthérée, mais bien l’acte même de l’apparition au monde, dans une dimension poétique. 


 


The Rebirth of Venus, David LaChapelle, 2009

 

Jusque dans ses représentations les plus modernes, comme ici avec cette photographie de David LaChapelle, qui revisite la toile de Botticelli, Vénus est toujours cette jeune femme hypersexualisée et objet de toutes les attentions. Accompagnée ici par deux hommes dont les tenues sont issues de l’univers queer, la toile surprend par son décalage, sa modernité mais également par son kitsch. Les serpentins qui surgissent dans la photographie donnent à l'œuvre son caractère festif. Cette “Renaissance de Vénus” conserve néanmoins les codes de l’idéalisation de la déesse, encore une fois offerte au spectateur dans toute sa nudité.
 

 

Alors, qui est cette Vénus mille fois représentée au moment de sa naissance ? Les peintres ont choisi d’ignorer la violence de sa conception, au profit de la beauté de son apparence qui apparaît au monde dans un élan surréaliste, surgissant de l’écume des vagues. Ces toiles qui sur-idéalisent la beauté féminine, ne répondraient-elles à un fantasme masculin à peine camouflé ? Il est intéressant de noter l’évolution de l’apparence de Vénus à travers le temps, elle est le témoin du changement des canons de beauté de chaque siècle. De la Vénus aux formes et aux courbes voluptueuses, on voit la déesse devenir de plus en plus maigre, pour continuer de donner l’image de la femme parfaite.

 

Pour en savoir plus  

Sur l’interprétation moderne des figures de l’Antiquité et les oeuvres de David LaChapelle
> vers le site

Sur la Naissance de Vénus de Botticelli 
> vers le site 

Sur la représentation de la femme chez Cabanel 
> vers le site 

Sur le mythe de la naissance de Vénus
> vers le site 

 

Couv. : La naissance de Vénus, Bouguereau, Musée d'Orsay
Article écrit par Quentin Defaut

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