L'interview CultureSecrets

Les secrets de ... Marie Collin

Directrice artistique du Festival d'Automne

Description

Chaque mois, CultureSecrets vous révèle les confidences inattendues d'une personnalité du monde de la culture. Directrice artistique du Festival d'Automne depuis 1982, Marie Collin court les théâtres, les galeries et les lieux de création les plus inédits dans le monde entier à la recherche de productions modernes qu'elle invite ensuite à se produire au Festival d'Automne à Paris.

Nos secrets

Rencontre avec Marie Collin, directrice artistique du Festival d'Automne.

Directrice artistique du Festival d'Automne depuis 1982, Marie Collin court les théâtres, les galeries et les lieux de création les plus inédits dans le monde entier à la recherche de productions modernes qu'elle invite ensuite à se produire au Festival d'Automne à Paris.  

Propos recueillis par Olivia Mauriac. 

 

Quelle est la première pièce de théâtre que vous ayez vue?

J'avais douze ans lorsque j'ai vu "L'Avare" à la Comédie française. Je ne me souviens plus du tout de l'effet de la scène, ce qui m'a surtout saisie c'était la salle de théâtre et son atmosphère... 

Si vous aviez étiez danseuse, quel ballet auriez-vous aimé danser?

Giselle. Il s'agit, selon moi, de l'un des plus beaux personnages de ballet parce qu'à tout, elle préfère danser jusqu'à en mourir.

Sous la direction de quel metteur en scène contemporain imagineriez-vous jouer Sarah Bernhardt?

Je pourrais l'imaginer sous la direction de Bob Wilson, cet extraordinaire metteur en scène texan qui aime les actrices qui sortent de l'ordinaire. Sarah Bernhardt était capable de tout jouer; des rôles d'hommes, de femmes, de jeunes, de vieux. Tout ce qui passionne Wilson... 

Si vous ne pouviez plus lire qu'un livre tout au long de votre vie, quel serait-il?  

Ce serait une terrible punition! Il faudrait que ce soit un livre très difficile à lire et qui me demande beaucoup d'efforts afin que ça dure plus longtemps... Je réfléchis...

Ca pourrait être "2666", le roman de plus de 1000 pages de Roberto Bolaño,que Julien Gosselin a adapté à la scène du festival dans un spectacle fleuve?

Je l'ai déjà lu. Il faudrait quelque chose de plus difficile, un livre qui me dépasse s'il doit être le dernier. Peut-être "La critique de la raison pure" de Kant, il faudrait que ce soit une aventure de recherche.  

Justement, combien de fois avez-vous vu le spectacle de douze heures de Julien Gosselin?

Deux fois. Et je le reverrais peut-être si je peux aller à une des dernières! C'est tout à fait passionnant de voir comment vit et évolue une production, notamment lorsqu'elle est aussi monumentale.

Cela fait 24 heures au théâtre...

Voilà ! (rires)

Avez-vous déjà expérimenté le fameux syndrome de Stendhal, cet état de vertige que peut générer une oeuvre d'art?

Mille fois mais ce n'est jamais trop! C'est précisément ce que je cherche, atteindre cet état et le faire partager ensuite aux spectateurs. La dernière fois que je l'ai ressenti c'était devant le spectacle qui a ouvert le festival, une représentation des "Frères Karamasov" qui m'a éblouie.

Que faites-vous lorsque vous n'allez pas au théâtre, à une exposition ou à un spectacle de danse?

Je lis dans mon lit.

Quel art vous semble le plus à même de traverser les âges; de l'art plastique, du théâtre, de la musique ou de la danse?

Le théâtre et la danse sont, par essence, des arts éphémères. La musique l'est moins mais je dirais que c'est la pensée qui traverse les siècles plutôt que sa réalisation...

A combien de représentations assistez-vous en moyenne en une année ou à défaut de me dire en une année, en une semaine et je ferai le calcul ensuite?

(Rires) En moyenne quatre fois par semaine sauf pendant le mois d'août et autour de la période de Noël après le festival où je fais relâche...

Cela fait donc autour de 200 spectacles par an! Y a t'il néanmoins un spectacle que vous regrettez de ne pas avoir vu?

Absolument. Les premiers spectacles du metteur en scène allemand, Klaus Michael Grüber. J'avais vu pour la première fois ses créations en 1976 mais je n'avais pas vu celles de l'année 1970 dont des gens m'avaient dit qu'elles étaient extraordinaires.

Léon Bloy disait que "la douleur est l'auxiliaire de la création" l'avez-vous observé?

Oui...

Toujours?

Pas toujours mais presque... Ce sont des métiers vraiment durs pour les grands artistes. Le sentiment d'être toujours en deçà de ce qu'ils recherchent est omniprésent, surtout chez les metteurs en scène. C'est une vraie souffrance.

Antonin Arthaud disait, quant à lui,  que "le théâtre est la genèse de la création"...

Oui, à l'origine il y avait la tragédie grecque. Mais ça n'empêche pas la souffrance...

A savoir

Le Festival d'automne à Paris est un festival artistique pluridisciplinaire contemporain se tenant chaque année à Paris depuis 1972. 

 

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